Dans les années 90, lorsqu’on disait qu’on était fan de jeux vidéo, la plupart du temps on se faisait regarder de travers. C’était un loisir largement considéré comme étant une activité pour les enfants et dès qu’on était dans une phase d’adolescence, pas besoin de vous dire qu’il était préférable parfois de ne pas trop ébruiter notre passion.
Crédit images : Heritage Auctions / WATA Games
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Bien entendu, cela a largement changé depuis et le jeu vidéo est entré dans l’esprit populaire, comme étant un loisir comme les autres. Sauf que depuis une poignée d’années, l’effet inverse semble se mettre en place lorsque cela concerne la collection de jeux vidéo. Cela ne vous aura pas échappé que de plus en plus de personnes se mettent à collectionner, que ce soit des jeux ou des consoles. Sans être péjoratif, on peut presque parler d’un effet de mode par moment, avec des personnes qui s’engouffrent dans le phénomène durant quelques mois.
Après, il y a les autres, ceux qui collectionnent depuis des années. Que cela soit par nostalgie ou pour la valeur des objets, cela n’a pas vraiment d’importance, c’est simplement qu’en étant au centre de ce loisir, ces personnes ont pu doucement déceler des changements importants. Et le plus évident d’entre eux, c’est une montée graduelle des prix, qui ont atteint des sommets fulgurants depuis quelques temps.
Encore le temps de collectionner ?
Cela s’est opéré graduellement et la pandémie a particulièrement aidé à la hausse des prix sur certaines consoles, mais dans l’absolu il y a quand même un schéma qui se répète de plus en plus. On le voit notamment avec le sommet de la pyramide et des jeux qui partent régulièrement à des sommes astronomiques. Comme le récent The Legend of Zelda vendu à 870 000 dollars US ou encore le nouveau record établi par Super Mario 64, qui s’est terminé à 1,56 millions de dollars.

Lorsqu’on connaît le marché, on sait que ce sont des jeux possédant des particularités, comme des premières éditions, arborant parfois seulement des changements mineurs par rapport à d’autres versions, qui ont été vendues en masse au grand public. Alors que, justement ce sont souvent des détails qui sont ignorés par monsieur et madame tout le monde. Alors quand ils voient passer sur leurs réseaux sociaux qu’un jeu Super Mario Bros. a été vendu aux enchères pour plusieurs centaines de dollars, ils pensent forcément que leurs cartouches poussiéreuses qui trainent dans une armoire depuis vingt ans, vaut peut-être quelque chose.
Il y a bien entendu d’autres facteurs qui s’ajoutent à la montée des prix, comme celui de la nostalgie. N’importe quel vendeur de jeux vidéo pourra le confirmer, il existe un effet de mode, notamment sur certaines machines en particulier. À chaque passage de génération, on note l’arrivée de nouveaux petits collectionneurs qui ont envie de retrouver les titres de leur enfance ou adolescence. Alors qu’auparavant on était en pleine effervescence pour la Nintendo 64, le marché transite doucement vers une recherche de la sixième génération de console. Avec la GameCube tout en haut de la liste et des jeux qui n’en finissent plus d’exploser les compteurs sur les sites d’enchères.
À qui sert cette montée des prix ?
On pourrait légitimement se dire que tout cela n’est qu’une évolution normale du marché, avec l’offre et la demande. Plus de collectionneurs, cela veut donc dire, plus de demandes, et forcément les prix augmentent en conséquence. Pourtant à cela s’ajoute également une autre donnée. Comme je vous le mentionnais plus haut, il y a le haut de la pyramide. Là où on trouve des jeux bien spécifiques et qui se vendent à prix d’or aux enchères.
C’est justement là qu’est toute la perversion de ce système, et qu’on a déjà pu voir dans d’autres secteurs de collection, comme celui des cartes. Et qu’on peut parallèlement observer en ce moment sur celui du marché des objets sportifs.

L’engouement autour du jeu vidéo est réel et n’a jamais été aussi haut. Un fait que beaucoup de maisons d’enchères comme Heritage Auctions ont bien cerné depuis maintenant trois ou quatre ans. Car c’est ce nom qui ressort à chaque fois qu’il est question d’un jeu qui se vend à un prix record. Leur stratégie de marketing étant de faire le plus de bruit possible autour de ces ventes astronomiques, car c’est de la publicité facile. Ils le font avant qu’un gros objet soit mis en vente, afin d’attirer le plus de curieux possible et surtout d’investisseurs. Tout en continuant la communication après la fin des enchères, pour enfoncer un peu plus le clou et montrer que leur expertise a finalement été bonne.
Car sans surprise, le jeu qui a été vendu, a bien entendu été évalué par leur soin. Cela permet de solidifier leur position d’expert sur le marché et ensuite de vendre leur service. Car il faut bien savoir que Heritage Auctions est très fort quand il s’agit de communiquer autour de leurs activités.
Dans le cas de Super Mario 64, lors qu’on annonce un record de 1.56 million, en réalité le jeu est partie aux enchères pour 1,3 million. Le chiffre qui est communiqué est celui qui intègre leur commission de 20% et donc la somme que l’acheteur doit payer au final. Évidemment, c’est le genre de détail qu’Heritage Auctions se garde bien de joindre dans leur communiqué et qui est assez peu relayé par la presse. Et c’est comme ça pour la majorité des soit disant records qui sont annoncés depuis quelques années et qui sont pour le coup, artificiellement gonflés. Comme cela a pu être confirmé récemment dans une mise à jour de l’article de Kotaku.
Un marché juteux, avec peu d’intervenants
Pour faire simple, Heritage Auctions utilise le système WATA. Une société spécialisée dans l’évaluation de jeux vidéo. Lorsqu’ils ont par exemple un jeu NES scellé entre les mains, ils vont juger s’il s’agit d’un scellage d’origine et authentique, ainsi que de la qualité de sa condition. Cela en résulte par une note allant de C à A+++, ainsi qu’une note globale de l’objet. Le Super Mario 64 qui s’est vendu récemment à 1.56 millions de dollars, possédait une note de 9.8 A++, c’est-à-dire une condition presque parfaite.
Est-ce que cela justifie amplement ce prix ? Non pas vraiment. Du moins c’est l’opinion de beaucoup de personnes qui oeuvrent depuis des années dans le rétrogaming et dans la collection de jeux vidéo tout court. Et il est facile de comprendre pourquoi.

Avez-vous entendu parler de la copie de Super Mario 64 évaluée à 9.2 A qui a été vendue aux enchères en janvier dernier, pour $38,400 dollars US ? Probablement que non. Et c’est ce qui arrive à pratiquement tous les lots d’enchères organisés par Heritage Auctions. Derrière le jeu record qui a fait parler de lui, il y a des plus petites enchères et sur lesquelles la maison d’enchères ne fait que très rarement la promotion. Des jeux qui sont achetés par des investisseurs et des collectionneurs attirés par l’annonce d’un énorme jeu qui va tomber aux enchères, mais dont il ne pourront jamais rêver faire l’acquisition.
Les sommes sont plus petites, mais restent conséquentes pour la bourse d’un collectionneur normal. Ce sont des jeux qu’on pouvait encore trouver il y a une poignée d’années pour quelques centaines de dollars. Leur prix ayant été impacté directement par ces fameuses ventes records.
Ce ne sont pas toujours des collectionneurs
Heritage Auctions est donc complètement gagnant avec sa forte communication, surtout que la plupart du temps la presse se limite à un simple copier-coller du communiqué de presse, sans véritablement chercher plus loin l’information qui se cache derrière.
Cela engendre une montée vertigineuse des prix, parfois pour des jeux qui sont loin d’être rares. Super Mario 64 est un titre qui s’est vendu à presque 12 millions d’exemplaires à travers le monde. Il est vrai que peu de copies scellées ont subsisté, mais là encore, on ignore combien ont été préservées dans des collections. Une donnée sur laquelle Heritage Auctions ne communique pas, alors que dans chaque nouvelle enchère annoncée il y a une phrase fait mention que c’est le seul exemplaire connu de cette qualité et mis sur le marché.
Et le comble, c’est que ce ne sont pas forcément des collectionneurs qui peuvent s’offrir ces jeux vidéo arborant un prix aberrant. Car même si on communique peu autour d’eux, de temps en temps il y en a qui aime bien se mettre en avant. Comme le dentiste américain, Eric Naierman, qui en 2019 a acheté une collection de 40 jeux NES scellés pour un million de dollars, avec l’aide d’un groupe d’investisseurs.

Le mot à retenir étant qu’il s’agit d’un investissement. Car depuis que WATA Games a commencé à créer ses guides en 2018, pour identifier les variantes de jeux existants, c’est là que des investisseurs ont commencé à émerger et à s’engouffrer sur le marché. Avec parfois par le passé, même des personnes travaillant eux-même chez Heritage Auctions et Wata. Comme cela a pu être pointé du doigt par des collectionneurs sur des forums. Participant alors à l’augmentation graduelle des enchères au travers des années. Des investisseurs qui ont par le passé déjà démontré leur intérêt pour d’autres domaines de collection, comme les comics ou les cartes de baseball.
Et cela profite à Heritage Auctions, qui prend une commission de 20% sur une enchère, engendrant plus de 500 millions de revenues par année (cf. chiffres de IBISWorld pour 2019). Ainsi qu’à WATA Games, qui vend son service aux collectionneurs lambda qui s’empressent de faire évaluer leurs jeux. Puis, en particulier aux investisseurs, qui en profitent pour s’offrir des objets, qui vont dormir pendant quelques mois et années, puis être revendu à profit quand le marché sera à son plus haut.
Est-ce que c’est un mal en soi ? Non, car c’est une évolution logique d’un loisir qui devient de plus en plus populaire. Si une oeuvre d’art ou un comics peut se vendre à plus d’un million de dollars, pourquoi une oeuvre de jeu vidéo ne pourrait-il pas atteindre cette somme ? Le seul souci et de taille, c’est le contexte dans lequel cela se fait. Alors que celui des cartes de collection ou de comics a mis des années à se mettre en place et à se stabiliser, celui du jeu vidéo semble être sorti d’un peu nul part, tout en étant alimenté artificiellement par les sociétés qui ont le monopole dans ce secteur.
Super Mario 64 vendu à 1.56 millions$US : le revers de la médaille pour les collectionneurs - RDS Jeux vidéo
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