Les propriétaires du CHSLD Herron ont refusé de parler aux policiers qui menaient l’enquête criminelle sur la vague de décès survenus au début de la pandémie. C’est ce que révèle le témoignage de la sergente-détective Andréanne Laplante du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), qui a enquêté sur l’hécatombe dans l’établissement de Dorval.
« Il y a [des témoins] qui ont refusé, je n’ai pas pu rencontrer ni les dirigeants du Herron, ni les médecins. Je n’ai pas les versions de ces personnes-là », a expliqué la policière, qui a été l’enquêteuse principale au dossier Herron.
La sergente-détective Laplante témoignait lundi matin devant la coroner Géhane Kamel, qui se penche sur les décès survenus dans certains CHSLD au cours de la première vague de la pandémie de COVID-19. Les audiences concernant le CHDLD Herron ont ouvert lundi et dureront trois semaines. Rappelons que l’enquête sur cet établissement, où 47 ainés sont morts, devait se tenir l’hiver dernier, mais que la coroner avait accepté de la reporter « à contrecœur » à la demande de l’avocate des propriétaires. Celle-ci craignait une interférence avec un éventuel procès criminel. Depuis, le Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP) a annoncé qu’il ne déposerait pas d’accusations dans ce dossier.
L’enquêteuse Laplante a raconté comment les policiers en sont venus à ouvrir une enquête criminelle sur le CHSLD. Une plainte a été déposée en pleine nuit, le 11 avril 2020, alors que les décès s’accumulaient dans l’établissement. Dès le lendemain, une perquisition était menée dans le CHSLD, alors une zone rouge.
Des enquêteurs, mais aussi des experts de l’identité judiciaire et des crimes technologiques du SPVM, ont participé à l’opération. Ils ont saisi des ordinateurs, des caméras de surveillance, des dossiers médicaux, des listes de résidants et d’employés et des contacts de familles, entre autres.
Dans les semaines suivantes, les policiers ont contacté une soixantaine de témoins potentiels. Ils en ont interviewé environ cinquante. Selon Andréanne Laplante, une dizaine ont refusé l’invitation, dont les propriétaires.
Un des éléments qui est ressorti des interrogatoires est celui du manque de personnel, a expliqué la policière. Elle a raconté que de nombreux employés étaient soit malades, soit en retrait préventif durant la crise à Herron.
Une directive d’Info santé disait au personnel qui avait été en contact avec des gens contaminés de s’isoler durant 14 jours.
ST : « Personne ne m’a appelé »
Deuxième témoin de la journée, la Dre Mylène Drouin, Directrice régionale de santé publique de Montréal, a raconté avoir été alertée le 3 avril 2020 sur Herron par le Dr Richard Massé, bras droit du Dr Horacio Arruda, et non par le CIUSSS de l’Ouest-de-l’Île-de-Montréal. Ce dernier intervenait pourtant dans l’établissement privé depuis quelques jours déjà.
Dans un courriel, le Dr Massé sensibilisait la Dre Drouin sur les pouvoirs dont elle disposait en vertu de la loi pour émettre une ordonnance forçant la mise en place de certaines mesures dans le dossier Herron, si elle estimait qu’il existait une menace à la santé de la population.
Dès le lendemain, une équipe de la Santé publique ouvrait une enquête. Selon les infirmations recueillies à l’époque, les mesures pour contrôler l’éclosion étaient en place ou en voie de l’être par le CIUSSS.
Une ordonnance a finalement été émise le 7 avril par la Dre Drouin à la suite d’un appel de Lynne McVey, PDG du CIUSSS de l’Ouest-de-l’Île-de-Montréal. Cette dernière disait avoir besoin de leviers pour obtenir après des propriétaires les listes d’employés pour mettre en place les quarts de travail, les listes de médicaments et les dossiers des patients, entre autres. « Nous sommes d’avis qu’il existe une menace réelle à la santé des résidents du CHSLD privé conventionné Le Herron et qu’il y a urgence de mettre en place les mesures nécessaires pour remédier à cette situation », disait l’ordonnance de la Dre Drouin.
Questionnée à savoir si elle aurait du émettre cette ordonnance plus tôt, la Directrice régionale de santé publique a répondu que rien, ni dans le cadre de ses discussions ou de celles de son équipe avec des responsables du CIUSSS, ne traduisait un tel sentiment d’urgence avant l’appel de Lynne McVey le 7 avril.
« Personne ne m’a appelé personnellement pour me dire : go go, on attend ta lettre. »
Les audiences de l’enquête publique se tiendront du 7 au 10 septembre 2021, du 13 au 16 septembre 2021 et du 20 au 23 septembre, au palais de justice de Longueuil.
Hécatombe au CHSLD Herron | Les propriétaires ont refusé de collaborer avec la police - La Presse
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